Qui serai-je devenue?

Je me suis souvent demandé comment je serais différente si j’avais grandi à Paris parmi mes cousins et cousines juifs. J’aurais grandi entourée d’une famille étendue, avec des fêtes de famille fréquentes, une vie remplie de rituels et de traditions. J’aurai trouvé ça chaleureux et réconfortant et des fois, peut-être conventionnel et oppressif. Serai-je la même femme, mais plus française, plus juive et plus cosmopolite? Serais-je aussi un peu plus égocentrique et chiante, plus parisienne, quoi?

Sûrement.

Je me suis jamais posé cette même question par rapport à mon origine suisse. Notre famille visitait, à toutes les quelques années, mes grand-parents, qui habitaient à Kreuzlingen, un petit village à la frontière de l’Allemagne, et au bord du Bodensee. Les temps que j’ai passé chez eux, dans leur élégante maison parmi un jardin qui me semblait un paradis terrestre – pruniers, abricotiers, toutes les baies imaginable, un grand champs sauvage ou flânaient les chats du voisinage – ce temps fut pittoresque et tranquille, rempli de petits bonheurs. Mais je n’ai jamais imaginé une vie en Suisse.

Est-ce parce j’avait déjà ce contact ponctuel? Est-ce parce que leur village était trop petit pour m’intéresser?

Et si je l’imaginais maintenant? Serais-je devenue la même femme, mais plus tranquille, plus saine et sportif et plus proche de la nature? Serai-je meilleure cuisinière, ayant pu profiter de la proximité de ma grand-mère pour apprendre ses recettes? Plus suisse, quoi?

Sûrement.

Je me suis aussi souvent demandé, comment j’aurais été, si mes parents étaient restés en Californie, à Berkeley, là où mon père avait eu son post-doctorat et où ma mère le suivit pour l’épouser. Serait-je devenue la même femme, seulement plus californienne, plus américaine? Plus égocentrique et plus bronzée, quoi?

Sûrement.

La question est à quel point notre territoire d’origine nous forme. Ce paysage dans lequel on grandit a une forte influence sur notre identité. Ce contexte géographique est-il plus fort que nos influences héréditaires et parentales?

Environnement versus hérédité. La tendance à vouloir comparer et mesurer la force de leur impact sur notre identité est normale répandue. Est-elle nécessaire?

Sûrement.

Devenue ni parisienne, ni californienne, ni villageoise suisse, je suis d’abord edmontonienne, albertaine et canadienne. Comment me décrire? Quels sont les clichés? Sont-ils pertinents? Je ne regarde jamais le hockey, je fais rarement du ski de fond, mais j’aime les grands ciels ouverts et les gens simples et chaleureux. Est-ce ces particularités qui me définissent en tant que femme venu de cette ville nordique de moyenne taille du Canada de l’Ouest?

Sûrement.

Et Montréal? Ou je vit depuis treize ans? Ça a fait quoi de moi?

Qui suis-je devenue? Quelle ville puis-je appeler la mienne? Celle ou je vit présentement? Celle ou j’ai vécu? Ou celle où j’aurai aimer vivre?

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